vendredi 26 septembre 2008

Hamé (La Rumeur): un harcèlement judiciaire qui n'en finit plus

Mardi dernier, le 23 septembre, c'est avec une grande joie que nous apprenions la relaxe de notre ami Hamé (du groupe de rap La Rumeur) après 6 années de harcèlement judiciaire de la part du Ministère de l'Intérieur (dépôt de plainte, appel de la première relaxe et cassation de la seconde).

Pour la troisième fois, un tribunal reconnaissait qu'il est légitime de parler de « harcèlement policier régulier » et d'« assassinats » commis par la police.

Pour notre part, nous n'en avions jamais douté.

Le Ministère public, de son côté, ne semble douter de rien: il vient de se pourvoir en cassation.

Vous pouvez soutenir Hamé en signant l'appel (si ce n'est déjà fait)

A voir: un entretien vidéo avec Hamé
A écouter: la réaction à chaud d'Hamé à l'annonce des délibérés et son bilan du procès du 3 juin 2008
A lire: Bilan d'un procès sous la plume d'une barbare par Karima Kouki

jeudi 25 septembre 2008

Hamé (La Rumeur): "Une gifle au Ministère de l'Intérieur"

En 2002, Hamé, rappeur du groupe La Rumeur, est poursuivi par le Ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, pour « diffamation à l’égard de la police nationale ». Trois phrases sont en cause, toutes trois extraites d’un article intitulé « Insécurité sous la plume d’un barbare » paru dans la Rumeur Magazine : « Les rapports du Ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété », « la réalité est que vivre aujourd’hui dans nos quartiers, c’est d’avoir plus de chances de vivre des situations d’abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l’embauche, de précarité du logement, d’humiliations policières régulières… » et « La Justice pour les jeunes assassinés par la police disparaît sous le colosse slogan médiatique « ne touche pas à mon pote »… ». En 2004, Hamé est relaxé. Le Ministère de l’Intérieur fait appel et, en 2006, la relaxe est confirmée. Le harcèlement judiciaire n’en finit pas pour autant : en 2007, le Ministère saisit la cour de Cassation qui casse la relaxe. Le 3 juin dernier, Hamé comparaissait donc à nouveau devant une cour d’appel. Ce mardi 23 septembre, la cour d’appel de Versailles a rendu ses délibérés : Hamé est relaxé, il n’y a pas diffamation.

Ci-suit un entretien vidéo avec Hamé (en deux parties), réalisé quelques heures après l’annonce des délibérés :

Entretien par Stella Magliani-Belkacem
Réalisation par Awatef Fettar



A lire également: Bilan d'un procès sous la plume d'une barbare par Karima Kouki

jeudi 11 septembre 2008

"Nous ne sommes pas des modèles d'intégration"

Manifeste

Le Ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité Nationale vient tout juste de créer, par arrêté, un « prix de l’intégration » (3000 euros de « gratification financière ») en vue de le décerner à ceux « ayant accompli un parcours personnel d’intégration ayant une valeur d’exemplarité de par son implication dans la vie économique, sociale, associative, civique, environnementale, culturelle ou sportive » (Arr. 16 juin 2008, NOR : IMIK0814398A : JO, 26 juin).
Nous refusons, par avance, ce type de distinction qui n’est pas sans rappeler la figure coloniale de « l’évolué », chargé d’assurer la médiation entre les « civilisateurs » et la masse indigène à «civiliser».
Le fait même que ce prix soit attribué « sans condition de candidature » montre bien qu’il s’agit là d’un rôle qu’on nous fait tenir à notre corps défendant.

Nous, issu-e-s de l’immigration postcoloniale, des quartiers dits «sensibles», descendant-e-s d’esclaves, refusons que soient instrumentalisés nos parcours personnels, nos réussites scolaires, sociales ou professionnelles, ou encore notre maîtrise de la langue française et de la culture « légitime », en vue de mieux stigmatiser ceux des nôtres qui ont pris d’autres chemins relevant moins de « la bonne intégration ».

Nous, les « miraculé-e-s », ne voulons pas cautionner le « modèle français d’intégration » fondé sur un illusoire « quand on veut, on peut » : notre propre expérience, comme celles de nos proches, nous montre que nombreux sont les nôtres qui veulent, et ne font pas que vouloir, qui font (et plutôt deux fois plus que les autres) mais ne peuvent pas abattre seuls le mur d’une discrimination systémique (à l’emploi, au logement, etc.) et n’ont peut-être pas eu, comme nous, la chance de pouvoir profiter d’une des rares brèches de ce mur.

Par ailleurs, notre réussite ne tombe pas sous le sens, elle n’est que tolérée. Cette réussite est soumise, plus que pour d’autres, à l’excellence : nos parcours, et ceux des nôtres, nous montrent combien nous n’avons pas le droit à l’erreur et il suffit du moindre écart, de la moindre faute, pour nous voir ramené-e-s à « nos origines ». Et lorsque une « anomalie » entache le parcours d’un des nôtres, elle n’est pas jugée comme purement individuelle, comme pour d’autres, mais sert, trop souvent, à jeter le discrédit sur toute une communauté (ethnique ou religieuse).

A contrario, nous refusons de servir de modèle ou de norme.
Nous, non-croyant-e-s, peu ou pas pratiquant-e-s, pratiquantes non-voilées, refusons le rôle que l’on veut nous faire endosser de bon-ne-s arabes, de bon-ne-s musulman-e-s ou de bon-ne-s noir-e-s, et de servir de caution à la disqualification des « autres » désigné-e-s comme archaïques, traditionnel-le-s, rétrogrades, identitaires ou communautaires. Nous refusons que cela se fasse en notre nom.
Nous affirmons que le choix de porter le foulard n’est ni plus ni moins respectable que celui de ne pas le porter. Il en va de même pour ce qui est de manger du porc ou de ne pas en manger, et un mariage mixte n’est, à nos yeux, ni plus ni moins moderne ou progressiste qu’un mariage « entre pairs ».
Nos modes de vies sont le fruit de nos choix, de déterminismes sociaux et/ou de hasards. Ces options sont les nôtres et en aucun cas des modèles généralisables et imposables à tou-te-s, sous peine de stigmatisation.
Contre ceux qui cherchent à nous diviser, nous nous solidarisons avec nos frères et nos sœurs, ami-e-s ou voisin-e-s, qui assument d’autres choix que les nôtres.

Nous ne sommes pas à vendre. Et s’il existe un prix à payer afin d’obtenir notre respect, il ne s’agit ni de ces 3000 euros, ni de médailles en chocolat mais, notamment, de la mise en place d’une véritable politique publique (assortie de moyens conséquents) contre les discriminations qui existent massivement que ce soit à l’embauche, au logement, dans l’accès aux loisirs, dans les médias, dans la représentation politique, dans les pratiques policières ou judiciaires. Le prix de notre respect inclut également, et entre autres, la dissolution du ministère de l’Identité Nationale, l’abrogation de la loi du 15 mars 2004 dite « anti-foulard », l’abrogation totale de la double peine, la reconnaissance du passé colonial, l’arrêt des incessantes campagnes racistes et islamophobes ainsi que la régularisation de tou-te-s les sans-papiers.

A ceux qui estiment que c’est trop cher payé, nous répondons que ce prix n’est que celui qu’attend n’importe quel citoyen ordinaire pour pouvoir se reconnaître dans une République qui prétend avoir pour fondement la liberté, l’égalité et la fraternité, et nous les prions de s’interroger, de leur côté, sur le prix qu’ils nous demandent, à nous, de payer (la rupture avec les nôtres et la collaboration avec le statu quo inégalitaire) pour avoir droit à la reconnaissance sociale.

BOUALI Naïma, D.I.S. Chirurgie Pédiatrique
BOUAMAMA Saïd, sociologue et militant associatif
CHURCHILL Saïda, comédienne
CONFIANT Raphaël, écrivain, Martinique
DAHMANI Fatiha, enseignante/auteur
DEMIATI Nasser, chargé d'enseignement en sociologie à l'université d'Evry Val-d'essonne
DIAS Saidou, Ministère des Affaires Populaires
GABAROUM Laurent, cadre commercial Renault
GAUDIER AGBALE Christophe, architecte, urbaniste, sinologue
HAME, La Rumeur
ID YASSINE Rachid, doctorant de sociologie
KREFA Abir, enseignante de sociologie à l’université d’Aix-Marseille I
MAGLIANI-BELKACEM Stella, chargée de médiation culturelle
ZOUGGARI Najate, chef d'édition de la revue Mouvements